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12 juillet 2008 6 12 /07 /juillet /2008 17:39

(c) Photo Alain Zimeray


Message du 11/07/08 à 19h10
De : ZREHEN Richard <r.zrehen@gmail.com>
A : GENZEL David <david.genzel@voila.fr>

Objet : « Il n'y a plus d'près à St-Germain-des-Prés »

 
David,

J’étais sur les routes et n’ai ouvert mon ordinateur que ce matin, tard…
Le Perche d’abord, où je visitais Michel Desgranges, pdt du directoire
des Belles Lettres, pour discuter, tout en fumant force cigarettes
mal considérées, créateurs de banques, d’entreprises automobiles
et de lignes de chemins de fer du nouveau-monde ; de nouveaux
beaux projets éditoriaux, également – nous sommes encore quelques uns
à croire encore en l’avenir du livre « papier »…
Cannes, ensuite, où je réside désormais la majeure partie du temps,
et où je suis arrivé bien entamé : les limitations de vitesse, les radars
et les gendarmes, ça rallonge notablement la durée du voyage
et ça fatigue – tout le monde roulant à la même vitesse, y compris
les camions, il faut une hyper attention de tous les instants.
Propos de café du commerce : du temps de ma lointaine jeunesse,
il n’y avait pas de limitation de vitesse sur autoroute. Richard Pinhas,
le musicien-philosophe, Alain, son frère, qui vient de nous quitter,
bien trop tôt, Daniel Mare, le tailleur des Corps Constitués, et moi,
nous allions tous les étés à Cannes en Austin (140 km/heure,
en descente et à vide !) et, partant de la Coupole vers 23h,
nous arrivions à destination vers 7h30-8h. A temps pour le petit-déjeuner.
Les voitures « standard » ne dépassaient pas de beaucoup les 150 km/h
en vitesse de croisière ; seules quelques belles mécaniques, coûteuses,
affichaient des vitesses donnant le vertige à leur compteur. Bien rares
étaient ceux pouvant se les offrir : têtes couronnées, industriels
non-conformistes, héritiers sans complexe, vedettes du spectacle,
voyous et gigolos. Alors est arrivée la Golf GTI, et tout a basculé :
les 180 km/h étaient désormais à la portée d’un bien plus grand nombre de
bourses.
Les plaisirs des happy few partagés par les hoï polloï,
les horribles « classes moyennes », sur un réseau d’autoroutes
particulièrement sûr (les routes, c’est une autre affaire) …
L’Administration française, fidèle gardienne des hiérarchies,
se devait de réagir – et comme les politiques d’après le regretté
général de Gaulle, ayant de moins en moins d’idées sur le politique,
se rabattaient qui sur l’économie, qui sur l’orthographe, qui sur la durée
du temps de travail, qui sur ce qu’on fait dans son véhicule qui ne concerne
que soi et ne contrevient pas aux lois, ou encore sur la consommation
de tabac dans des établissements privés, ils ont suivi ses « recommandations »
avec enthousiasme et efficacité…
Bref, c’est tardivement que j’ai retrouvé dans le blog de l’Odéon ma réponse
à l’emporte-pièce à ta question faussement innocente – le sentimentalisme
me rend plutôt enragé, et l’escroquerie aux sentiments sur le dos
de l’extermination des Juifs, assez furieux contre ceux qui s’y laissent prendre
et ont l’impudence de s’en plaindre – mise en perspective, en quelque sorte,
par le papier flatteur de Stratégies sur ton blog.
A ta façon, tu es le très actif conservateur d’un musée qui se survit :
celui du St Germain d’avant, où se croisaient des gens atypiques, dissemblables,
que ne rapprochait souvent que leur fréquentation assidue de l’endroit.
Avant que les magasins de vêtements ou de chaussures ne remplacent les libraires,
d’abord, les bistrots, ensuite. Avant que les touristes en short ne
remplacent, passé 10 h du matin, les lecteurs du Monde et de Libération au Flore.
Avant que les couloirs de bus démesurés, les places de stationnement
rationnées, et la sur-présence des contractuels et autres agents de la force publique,
n’empêchent assez efficacement ceux qui n’ont pas la chance d’habiter ce
beau quartier, de venir aussi souvent qu’avant s’y donner des sensations
Sartre-Beauvoir ou BHL – parce qu’on ne prend pas le métro ou le bus pour
venir prendre un petit-déj. à St Germain !
Céline et toi, vous faites forum. Bien sûr, ça donne consistance à des
phrases vite dites et souvent mal fichues (désormais, je vais me surveiller), mais
c’est une contrepartie acceptable : en dépit de la dispersion des individus,
de l’arasement par la consommation des images, marques, sigles et autres
tenants-lieu de personnalité, des singularités, un goût (pas nécessairement bon,
d’ailleurs), subsistent, qui peuvent encore communiquer (!), se « parler »,
échanger des anecdotes et des propos futiles via le blog de l’Odéon.
Encore bravo.

Amitiés,

Richard

 

David et Céline vont dans le même bateau

 

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David Genzel - dans Culte

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